Bigoudis ou mise en plis ?
La force du quotidien c’est que la plupart des petites choses de la vie finissent par passer complètement inaperçues. Cela fait plus de onze ans que je réside ici et j’ai donc eu maintes fois l’occasion – bien que je ne le fasse que lorsque c’est vraiment nécessaire – de me faire couper les cheveux ; je sors de chez le coiffeur, c’est donc le moment d’en parler un peu. Jusqu’à présent, mes relations avec ce corps de métier étaient plutôt irrégulières, je n’aime pas trop tous ces endroits où il faut répondre à des platitudes pour passer le temps et j’attends presque le moment où ma vision dépend de la longueur de mes cheveux… Pendant l’enfance, et comme beaucoup de gosses, c’était ma mère qui tenaient les ciseaux…la frange, plus ou moins oblique selon son taux de concentration, était de rigueur ; heureusement, l’époque était aux cheveux longs, les dégâts s’en trouvaient donc réduits ! Ensuite, j’ai eu droit à la visite mensuelle chez la coiffeuse maternelle et grand maternelle attitrée ; à un âge où les hormones propres à chaque sexe commencent à se manifester, l’idée même de mettre les pieds dans un salon féminin me hérissait le poil (remarque, dans un sens, ça facilitait le travail de l’artisan). C’était d’autant plus lourd que j’avais droit à l’inévitable : « mais il a encore grandi ! » en plus des commentaires de mon ascendance maternelle, également présentes… Cette atteinte à ma dignité de préadolescent cessa lorsque, hormones obligent, j’entamais ma phase de rébellion. Je fréquentais donc un vrai coiffeur pour hommes ! Le seul hic, c’est que la plupart du personnel était féminin et que cela m’empêchait grandement de consulter à loisir les revues à disposition : Playboy, Lui ou autres magazines masculins… Pendant mes années Club Med, entre deux saisons, j’ai goûté aux joies du coiffeur du coin (j’habitais à Lyon avant de rentrer au Club et je l’avais déjà utilisé) qui, entre deux apéros (dès 9h du mat quand même !), me racontait toute sa misère de petit commerçant et crachait sa haine des bronzés…Pittoresque et déplorable, j’ai arrêté les frais relativement rapidement car, le temps passant, son degré d’alcoolémie se faisait ressentir sur son agilité à manier les ciseaux… En village, c’était un peu plus…exotique, voire folklorique, en fonction du pays et du degré de communication possible. Je me souviens surtout de cette fois, en Malaisie, où j’étais allé dans le bled « civilisé » le plus proche du village (40 km quand même) avec un copain ; nous étions partis faire du shopping de première nécessité et nous voulions profiter de l’opportunité pour nous faire raccourcir le poil capillaire dans le centre commercial du lieu. Dès l’entrée, j’ai senti que cela n’allait pas être facile…le propriétaire de l’endroit ne parlant que le malais et le chinois…heureusement pour moi, c’est mon pote qui est passé le premier et qui a eu la très mauvaise idée de demander une coupe « short » ; ben ça, pour être « short », c’était « short » ! Imagine un croisement entre Jeanne d’Arc et les Gardes Rouges pendant la Révolution Culturelle et tu auras une idée de l’ampleur des dégâts ! Quand mon tour est arrivé, j’ai dit au type, en utilisant également mes doigts, « NO SHORT !!!», ce qui a limité considérablement le carnage. Je m’en suis sorti avec une coupe à la Pol Pot, mais en plus long. Ouf ! Arrivé au Japon, il a bien fallu s’y coller un jour…Sache qu’ici, il y a deux sortes de salons : les barbiers et les coiffeurs. Les premiers sont un héritage de l’occupation américaine, leurs boutiques sont signalées par une espèce de gros sucre d’orge tricolore (bleu, blanc, rouge mais je te signale que ce sont aussi les couleurs du drapeau des oneagains !) devant la vitrine. Question prix, ils sont moins chers que les autres, mais il ne faut pas leur demander la lune non plus ! Si tu choisis de te faire raser – chose au demeurant très agréable – il faut bien préciser qu’ils ne touchent pas à autre chose que la barbe et la moustache ! Sinon ? Tu te fais raser tous les poils qui dépassent entre les sourcils, sur le front et sur le bord des oreilles…ce qui n’avait été qu’un petit duvet soyeux devient alors un cauchemar sur lequel il ta faut veiller le reste de ta vie pour ne pas ressembler à l’Homme de Néanderthal ! Je me suis, encore une fois, orienté vers des salons « normaux », même si les prix sont plus élevés. Au niveau du service, et même chez un barbier, rien à redire, tu as le droit à un long massage du crâne et des épaules, le panard ! Si tu es pressé, il y a un autre moyen de te faire couper les cheveux pour pas cher et rapidement, ce sont les « salons minute » : 10 minutes chrono ! Là, pas de service, mais pas de discussions insipides non plus. En plus, ça ne coûte que 1 000 yens. A Tchao !