Espoir ! Vous avez dit espoir ?
11 septembre…chez les oneagains, c’est le jour du souvenir. Souvenir de l’horreur mais aussi souvenir qu’on ne peut pas imposer sa vision des choses à un monde qui en a une autre sans s’attirer des représailles. Souvenir enfin, qu’ils sont vulnérables et qu’ils appartiennent aussi à la communauté humaine, qu’ils ne sont pas au dessus des lois. Ici, c’était le jour des élections. Depuis que le Premier Ministre a dissout le parlement qui avait rejeté sa demande de privatisation de la poste (eh oui, y a pas qu’en France !), le parti majoritaire (depuis 60 ans…) a implosé : les factions du LDP se sont émancipées et découvrent les heurs et malheurs de l’indépendance. Depuis 3 semaines, les partis sont en campagne. Il faut mobiliser ! Vœu pieu s’il en est dans une nation qui est allergique aux effusions et au changement…La tâche est rude ! La société japonaise est divisée, mais elle n’est pas politisée. D’un côté, l’électorat traditionnel, la base des conservateurs : le secteur primaire. Secteur complètement soutenu financièrement aux frais des contribuables, afin de résister à la pression mondialiste. Il y va de sa survie que rien ne change. Pas trop de surprises à attendre de ce côté là, le clientélisme, la corruption et la tradition sont là pour veiller au grain. De l’autre côté, une gigantesque classe moyenne qui a toujours fait les frais de la classe dirigeante. Ces hommes (les femmes de plus de 35 ans ne travaillant généralement pas) ont souffert l’abstinence pour rebâtir le pays après la guerre, quelques élus se sont enrichis pendant la bulle économique des années 80, beaucoup plus se sont ruinés…ils ont vu leur situation se précariser irrémédiablement, le chômage est en hausse constante, le sacro-saint système de promotion à l’ancienneté a fait son temps, bref, l’avenir est sombre ! Si changement il y a (mais pas encore tout de suite…c’est encore le LDP qui a obtenu la majorité), il viendra d’eux. A cela s’ajoute une troisième force : la jeunesse nipponne. Née pendant la bulle, élevée dans un environnement de plus en plus superficiel, abrutie de télévision, de jeux vidéo et de gadgets, cette génération consumériste ne fait que se replier sur elle-même à mesure que le modèle social de ses aînés bat de l’aile et se désintègre. Ne croyant plus aux boniments des adultes vantant un modèle qu’ils savent obsolète (emploi à vie), refusant l’abnégation ancestrale qui leur apparaît comme un gâchis monumental, ces jeunes s’émancipent, voyagent, découvrent d’autres horizons, d’autres modèles ou bien, au contraire, se renferment, se replient sur eux-mêmes et vivent à l’écart. C’est l’anarchie totale, en opposition avec leurs parents obstinés et aveugles, confrontés à la rigueur de cette culture qui ne veut plus rien dire pour eux, ils ne votent pas ! Je voudrais citer, tel quel, un passage d’un bouquin de Murakami Ryû qui fait l’analyse de ce phénomène : « La société japonaise contemporaine semble croire que toute forme d’espérance est désormais inutile et que l’espoir n’est une notion nécessaire que dans des circonstances négatives. Autrement dit, l’espoir n’est nécessaire que lorsqu’on reste persuadé que demain sera mieux qu’aujourd’hui, il est cette attente, ou cette confiance, en des temps meilleurs qui anime les individus enfermés dans les camps de réfugiés et tous les opprimés de la terre. Inversement, c’est une question qui ne se posera jamais pour les membres de la classe dominante ou les dictateurs. Les enfants ont besoin d’espoir parce que tous se nourrissent du présent pour le futur. La raison qui fait que la société japonaise semble accepter de faire l’impasse sur cette dimension tient probablement dans le fait qu’elle est incapable de saisir correctement sa réalité actuelle. Le futur ne sera plus dès lors une perspective qui comptera pour une société incapable d’appréhender avec exactitude sa situation présente. Peut-être se termine une période de l’histoire qui faisait de l’espoir en des lendemains meilleurs une donnée fondamentale animant la psychologie collective. La société n’a pas à offrir des formes d’espoir préformatées, elle n’a pas à jouer un rôle de garde-fou. L’espoir n’est pas une chose qu’une société puisse offrir, c’est une chose que les individus doivent formuler eux-mêmes et qui reste toujours à découvrir. En d’autres termes, le Japon n’est aujourd’hui capable que d’offrir de fausses espérances sur l’avenir ou de rabâcher de grands mots creux à force d’avoir été prononcés. Les individus contraints de vivre « en retrait du monde » refusent probablement ce monde de fausses espérances. » Je fais confiance à la faculté d’adaptation japonaise, il y aura un changement, celui-ci se fera violemment mais il en ressortira une société nouvelle ! A Tchao !