Le Blues du Salaryman
Tu sais que t’as de la chance quand même …le cul bordé de nouilles ! Ttttt…discute pas et lis plutôt ! En France, pour l’instant en tout cas, tu bénéficies de pleins d’allocations, de la sécu, de l’éducation gratuite, du RMI, du SMIC, des prud’hommes, des RTT et autres 35h, au moins 5 semaines de congés payés, le chômage, les formations et consort…Bon, je te l’accorde, seulement si tu es employé, mais tu crois que c’est le lot de tout le monde ça ? Je ne vais même pas mentionner les pays du tiers-monde ou en voie de développement, ils sont hors catégorie, parlons d’ici ! Le mot Karoshi, tu connais ? Non …ignare ! Il va vraiment falloir que tu regardes autre chose que la Star Ac et autres fadaises made in TF1 ! Le karoshi, c’est la mort par surmenage, c’est un mot nippon qui, comme Tsunami, s’exporte un peu partout. C’est une réalité qui touche les salaryman japonais. Pour commencer, la semaine normale d’un salaryman nippon oscille entre 50 et 60 heures, trajets maison-boulot non inclus ! Il y a même des types qui sont obligés de se taper le golf avec le patron ou les clients pendant le weekend, sans compter les sorties « obligatoires » après le boulot à l’Isakaya (brasserie nipponne) du coin. Et pour couronner le tout, les rares fois où ils sont à la maison, bobonne veut emmener les enfants à Disneyland… Pas question de protester, c’est leur destinée ! Bilan de la chose, bobonne fait sa vie toute seule, elle sort avec ses copines et devient une bonne Obasan de base, les gosses, qui n’ont pour ainsi dire presque jamais vu leur paternel, détestent ce type qu’ils ne connaissent pas, qui gueule quand il est à la maison et qui devient franchement encombrant. Les congés ? Ok, c’est vrai, il y a plus de jours fériés au Japon qu’en France, mais comme tout le monde part dans ces moments là, je ne t’explique pas l’angoisse dans les gares, les aéroports et sur les autoroutes…pas vraiment relaxant tout ça ! En ce qui concerne les congés annuels, même topo pour la foule et le stress, en plus, pas question de prendre 2 semaines d’affilées ! ça risque de gêner les collègues qui se coltinent sa part de boulot pendant qu’il a les orteils en éventail sur la plage surpeuplée… Faites des enfants ! C’est le message du gouvernement…c’est gentil de le dire, mais les mômes, il faut les nourrir, les habiller, les envoyer à l’université, etc. Déjà qu’il faut dormir dans la même chambre, faute de place…Pas,ou si peu, d’allocations…il faut être presque à la rue pour en recevoir, et c’est pas Bysance ! Bon, tu vois le tableau. ANPE ? ASSEDIC ? Et puis quoi encore ! Tu as déjà un préavis de 2 à 3 mois, ça ne te suffit pas ? Au mieux, tu toucheras quelque chose pendant 2 mois, mais après démerde-toi ! Au boulot, en plus d’avoir un empaffé tyrannique qui te martyrise, tu peux te retrouver muté à l’autre bout du pays presque du jour au lendemain. Tu parles d’une vie ! Des recours ? Rien ! Le non-interventionisme de l’état est sacro-saint, il ne te reste qu’à : 1) fermer ta gueule et encaisser jusqu’à la retraite, si tu y arrives ; 2) la dépression et l’alcoolisme…et le chômage au bout ; 3) le suicide ; 4) foutre le camp la tête haute et le majeur relevé ! Sympa hein ? Donc, pour conclure camarade, je sais que ce n’est pas toujours rose dans l’hexagone, mais il faut mettre une sourdine, tu es plutôt mieux loti non ? Par contre mon gars, comme ce que je t’ai décris c’est plus ou moins le modèle social dont rêve le MEDEF, te laisse pas faire ! Résiste ! Mais intelligemment, ne sois pas buté et lâche du lest sur les vieux acquis obsolètes en luttant pour obtenir des remises à jour de choses essentielles ! A Tchao !