Fais dodo, Suzuki mon p'tit frère...
J’en avais peut être déjà parlé brièvement dans un autre article, mais je pense qu’il fallait y consacrer un post entier, les dormeurs nippons…
Inouï ! Les Japonais sont capables de s’endormir absolument partout ! Bon, il y a plusieurs catégories, et plusieurs degrés d’endormissement…
Tout d’abord, tu as le sommeil isoloir ; c’est le fait de se retrancher du monde en gardant les paupières closes. Très pratique dans ce pays où l’intimité est non seulement difficilement accessible, mais en plus où elle est culturellement considérée comme subversive – le groupe ! toujours le groupe, on fait comme tout le monde. Afin de se couper du monde, dans les transports en commun, le fait d’avoir les yeux clos t’autorise à déambuler en toute liberté dans les méandres de tes pensées.
Ensuite, très similaire dans l’attitude mais pas dans l’objectif, il y a le sommeil stratégique. Toujours dans le métro ou RER local, quand il a la chance d’avoir une place assise, s’il aperçoit un vieux, un handicapé ou une femme enceinte, vite, vite, le Japonais ferme les yeux et fait celui qui n’y est pas…laissant ainsi sur le carreau ceux qui ont théoriquement droit à la place assise. Bel exemple pour la jeunesse !
Après, on tombe dans le sommeil profond…le soir après une dure journée de labeur, ou le matin sur le trajet du boulot. Incroyable ! Il y en a même qui dorment debout ! Si, si, ils dorment vraiment. C’est d’ailleurs assez rigolo de les voir se ramollir au fur et à mesure qu’ils tombent dans les bras de Morphée, dessinant des « S » avec leur corps, se redressant soudainement lorsque l’équilibre est en péril…
Ceci n’est pas forcément l’apanage des transports en communs, j’ai vu des types se taper une petite sieste partout. Tiens l’autre jour, en allant boire un café après le repas, un bonhomme se la coulait douce sur la banquette du troquet, malgré le bruit et la fumée, il était complètement parti ! Tu as aussi les gonzes qui font un petit dodo dans leur voiture, histoire de passer le temps, tranquillement ; l’inconvénient étant que ces nazes font cela avec le moteur allumé pour profiter du chauffage ou de la clim selon la saison.
Tu regarderas aussi avec beaucoup d’envie les myriades de touristes Japonais en voyage. Quand toi tu te démènes comme un malade pour essayer de trouver la position la moins inconfortable sur ton siège étroit de classe éco, eux ils s’assoient, mettent la couverture sur les genoux et…ne se réveillent que 12 heures plus tard, frais comme des gardons, arrivés à destination ! Si par hasard, ils se sont réveillés pour aller aux « ouatères » (ça fait longtemps que je l’ai plus entendu ce mot…et c’est plus rigolo que gogues) ou pour bouffer, tu peux être sûr qu’ils se rendormiront quasi instantanément une fois leurs besoins assouvis. Chapeau bas ! Moi j’arrive plein de courbatures, énervé de n’avoir pu pioncer qu’en pointillés.
Et enfin, tu as le sommeil éthylique. Il faut voir ça aussi…Une fois blindés – ce qui arrive relativement vite – ils tombent, s’affalent n’importe où et restent là jusqu’à leur réveil ou bien jusqu’à l’arrivée des flics ou autres vigiles qui les mettent dans un taxi pour la maison… Le vendredi soir, surtout vers la fin du mois, en déambulant sur les trottoirs tokyoïtes, entre deux dégueulis, tu verras certainement des mecs par terre, à même le macadam, ou bien dans les escaliers, sur des bancs, bref un peu partout, le costume tâché et la mallette un peu plus loin…Sic transit gloria mundi !
Les Japonais sont très tolérants, ils ont intérêt car cela leur est déjà arrivé ou bien leur arrivera certainement un jour pas si lointain. Ce n’est plus le pays du soleil levant, c’est devenu le pays du sommeil latent…