Mariage: Top chrono !
Salut mon canard !
Je m'apperçois en consultant mes fiches que je ne t'ai pas encore raconté un des grands moments qui ponctuent, au moins une fois, la vie des Nippons: le mariage...
Que dire ? A priori, c'est censé être un moment important, plein de joie et de bonheur pour le futur couple (la réalité quotidienne au fil des années tend à réduire à néant cette cérémonie...), eh bien ici, pas de problème de conscience pour l'avenir, c'est un cauchemar dès le début ! Aucune spontanéïté, c'est chronométré, arrangé au millimètre et c'est...d'un ennui terrible !
Laisse-moi te narrer ça plus en détail:
Le postulat de départ théorique pour se marier, c'est que les deux individus soient d'accord. Hein ? Ben non ça ne tombe pas sous le sens ! D'abord parce qu'il n'y a pas si longtemps que ça, les mariages étaient arrangés (ça existe encore pour certains cas désespérés, mais ça tend à régrésser), ensuite parce que le futur gendre doit aller demander la main de fifille à futur beau-papa...Celui-ci n'ayant pas forcément entendu parler du compagnon de galipettes de sa fille, l'exercice peut s'avérer périlleux . Eh oui ! il faut savoir que la très grande majorité des Nippons ne vivent pas ensemble avant le mariage, laissant dans le flou toute la famille quant à l'irréprochabilité de leurs moeurs.
Bon, une fois franchie cette étape, il faut penser à la cérémonie proprement dite. Ouh la la ! Non seulement ça coûte les yeux de la tête, mais en plus c'est obligatoire ! Hors de question de passer outre. Qu'en penseraient famille et amis ?
Il existe deux sortes de cérémonies: traditionnelle, shinto, ou bien à l'occidentale.
La religion étant l'opium du peuple, ça commence avec les bondieuseries. Rien à redire avec le côté traditionnel, c'est joli, exotique pour nos yeux occidentaux et ça a le grand avantage de faire vrai. Là où le bât blesse, c'est quand les Japonais veulent imiter l'Occident...pffft !
Il faut donc trouver une chapelle...heureusement, tout est prévu dans le forfait ! Tous les hôtels dignes de ce nom possèdent leur chapelle, leur choeur et leur clown pasteur. Les familles et amis sont séparés selon leur appartenance à l'un ou l'autre des deux époux, les familles au premier rang, les boeufs amis derrière. La cérémonie se déroule, quelques psaumes chantés en japonais, le gusse fait son boulot dans un mélange d'anglais et de japonais à l'accent fort oneagainisé, le bisous furtif et on peut passer à l'étape suivante. Cela dit en passant, c'est quand même pas catholique tout ça...un mariage protestant pour des bouddhistes ! Dieu me tamponne !
Avant de faire ripaille, les familles doivent se livrer à l'épreuve de la photo de famille. Ben oui ! On va au pas de charge dans le studio de l'hôtel (ils en ont tous un), le photographe place les gens autour des mariés, et on est sommé de ne pas sourire ! Et puis quoi encore ! Clic-clac ! Merci Kodak ! Une belle photo "spontanée" de la tribu au grand complet et en grande tenue...
Cela me rappelle la prise de tête que j'avais eu avec mon beau-père lors du mariage de la soeur de ma biscotte...Faisant partie de la famille, je ne pouvais pas m'habiller comme je le voulais. Moi, innocent, je pensais mettre un costard, classe quoi ! Que nenni ! Hors de question ! Niet ! J'ai été sommé d'acheter un costume noir, une chemise blanche, des chaussettes blanches et une cravatte blanche ! J'm'en fous, c'est pas moi qui ait racké pour ça et puis, j'ai mis des chaussettes Mickey que j'avais achetées à Disneyland, et na !
Deuxième partie donc, le festin ! Ah, ben en voilà une idée qu'elle est bonne ! D'autant plus que ça tombe bien, c'est juste après l'heure de l'apéro. Rendez-vous dans une des grandes salles de banquet de l'hôtel (si, si, tous les hôtels en ont plusieurs), les familles des époux sont placées séparémment (on ne va quand même pas mélanger les torchons et les serviettes, non ! Déjà que le benêt gars vient piquer la fifille à son papa et la mégère fille le petit fiston à sa maman...), les amis de l'un ou de l'autre se retrouvent mélangés avec des gens qu'ils ne connaissent pas, ce qui ne favorise pas la conversation, tu le comprendras, la foule en délire retient son souffle en attendant l'entrée attendue des époux (et le moment où on pourra enfin commencer à becqueter, parce que, c'est pas pour dire, mais il commence à faire faim !).
Extinction des feux, musique Rocky 38, poursuite ciblée sur la porte d'entrée qui s'ouvre, le couple avance sous les applaudissements nourris (eux) de l'assemblée en liesse. Ils sont dirigés presto vers leur table, montée sur un podium, faisant face à tout le monde. Bonjour l'intimité pour les petits bisous (et plus si affinités) discrets...!
C'est maintenant le tour du MC (Master of Ceremony), également fourni par l'hôtel (voir parenthèses antérieures), qui annonce le programme des festivités et appelle, un à un, les animateurs de la journée. On commence d'ailleurs avec le monsieur qui portera le toast, en général, le supérieur direct du gonze ou de la gonzesse, après avoir dit son émotion à voir partir cette charmante collaboratrice qui faisait un aussi bon travail (et qui ne lui apportera plus son thé ni ne lui fera ses photocopies), ou sa joie pour son subalterne promis à un grand avenir dans la société (s'il se tient à carreau et exécute à la lettre les odres donnés).
S'enchaînent alors les amis avec leurs blagues vaseuses, l'ancienne institutrice-qui-se-rappelle-très-bien-comme-la-mariée-était-une-bonne-élève-en-moyenne-section-de-maternelle, etc...
Pour ma part, j'ai eu quelquefois l'occasion de faire partie du lot des orateurs...je préparais mes discours avec ce sens du bon mot qui me caractérise, au grand dam de Madame Niconippon qui ne cessait de répéter qu'on ne peut pas dire ou faire ceci ou cela, mais qui (les discours, au cas où tu ne suivrais plus...) faisaient le bonheur de l'assemblée hilare, peu habituée à tant de talent !
J'ai même poussé la chansonnette au mariage de ma belle-soeur ! Bon, j'avais fait le plein avant pour être bien en condition pendant...D'ailleurs, à ce mariage, je suis reparti les pieds devant car, étant le seul "blanc", tous les convives (et ils étaient 250) ont voulu trinquer avec moi...
De temps en temps, les tourtereaux s'éclipsent de la salle, d'une part pour pouvoir bouffer un peu (car c'est impoli de manger pendant que quelqu'un fait ton éloge...), pisser un coup aussi accessoirement, et surtout, pour changer de costume de scène, c'est aussi inclus dans le forfait. et que je te reviens en robe de bal jaune canari, bleu pervenche ou rouge vif pour madame et en costume de toréador ou de majorette vert-olive pour monsieur...Bref, que du plaisir !
Dernière étape, le rituel de la petite larme...Madame lit une petite bafouille à l'attention de papa et maman, pour les remercier d'avoir bien pris soin d'elle pendant toutes ces années, à l'attention des beaux-parents pour leur demander de bien vouloir l'accepter, etc, etc.
Passage entre les tables pour dire merci à la foule, maintenant gavée (au propre comme au figuré) et déjà bien entamée, direction la sortie où les mariés se placent entre leurs parents respectifs pour attendre le défilé des invités repus, les remercier encore une fois et leur donner un petit cadeau en récompense (également inclus dans le forfait mariage...) de leur courage d'avoir pu rester jusqu'à la fin. Hein ? non, je déconne.
Changement de costume et de programme, vient ensuite le clou de la soirée, le moment où on peut enfin se lâcher, la troisième mi-temps ! Pas de parents, que les potes déjà blindés, on continue les festivités jusqu'à point d'heure. Une fois terminé, les époux peuvent enfin aller à l'hôtel finir la nuit avant de partir en voyage de noces. Et c'est souvent pendant icelui que les surprises arrivent... Pragmatiques, les Nippons ont même donné un nom au phénomène: le Narita Syndrome. Quoi-t'est-ce ? Simple, comme je te l'ai dit au début, les jeunes ne vivent pas ensembles avant le mariage, c'est donc lors de leur lune de miel qu'ils se découvrent réellement. Passer une semaine entière, 24h/24 avec quelqu'un, ça permet de mieux le connaître. D'où, grosses déceptions, engueulades carabinées et divorce en rentrant au pays...
Pas grave, le temps d'économiser et on remettra ça avec quelqu'un d'autre ! Des volontaires ?
A Tchao !
