Noël au Japon, Pâtes au jambon !

Publié le par Santa Claus

Melly Kulisumasu !

Tu ne reconnais pas ? Ça veut dire « Merry Christmas », ou Joyeux Noël, en japonais ! C’est de saison, c’est donc pour ça qu’il est temps de te raconter un peu comment ça marche ici.

Au cas où tu l’aurais oublié, Noël, ancienne fête païenne reprise à son compte par le Vatican, est la soirée où les catholiques du monde entier célèbrent la naissance du petit Jésus (qui serait en fait né en mars ou en avril selon les textes…), et non pas un jour de braderie exceptionnelle sur tous les articles dans les hypermarchés de l’hexagone et d’ailleurs ! Je le répète pour ceux et celles qui l’auraient oublié à cause du matraquage publicitaire et commercial de cette période de l’année ! Sans jouer les vieux cons qui disent toujours que c’était mieux avant, il n’empêche que l’essor de la télévision comme arme de destruction massive des neurones a beaucoup fait pour reléguer le côté magique de Noël aux oubliettes des diagrammes de pertes et profits des grandes multinationales.

Le Japon ne déroge pas à la règle car, de toute façon, Noël n’est pas une fête religieuse. Alors que se passe t’il à cette époque dans l’antre du capitalisme sauvage et de la consommation tous azimuts ? Eh bien on consomme ! Les publicités fleurissent qui utilisent le thème pour vendre tout et n’importe quoi, les livreurs de pizza déguisés en Père Noël sont légions et les sapins et autres décorations envahissent progressivement les rues et les balcons nippons.

En fait, chez toi, tu fêtes Noël en famille et le Nouvel An entre copains, accessoirement tu vas à la messe de minuit le 24 décembre, ici c’est l’inverse ! C’est le Nouvel An qui est une fête religieuse, et donc familiale, et Noël qui se passe en tête à tête avec ton flirt autour d’une bonne bouteille dans un bon resto. La oneagainisation a seulement réussi à faire dire aux autochtones le traditionnel « Joyeux Noël », on achète des cadeaux pour les enfants et sa dulcinée, mais ce n’est même pas un jour férié !

Tout commence après. Du 29 décembre au 3 janvier, tout le monde retourne dans ses terres d’origine pour passer la St Sylvestre en famille. C’est l’occasion pour tout le monde de faire le Grand Ménage de Nouvel An où l’on nettoie l’appartement ou la maison du sol au plafond (les Japonais ne sont pas des grands maniaques du rangement et du nettoyage hebdomadaire…un petit coup d’aspirateur une fois par semaine, éventuellement les vitres, mais bon…). Pendant ces quelques jours, Tokyo devient une ville super agréable où il fait bon déambuler sans risquer de se faire rentrer dedans par la foule, jusque là omniprésente, ou par une pré-vieille excitée. Les rues sont calmes et silencieuses !

Traditionnellement, les Japonais vont au temple ou au sanctuaire shinto le soir du 31 pour écouter les 108 coups de gong. Pourquoi 108 ? Il paraît que c’est le nombre total de péchés…Au moins ils sont honnêtes ! C’est vrai que 7 péchés seulement, ça fait un peu suffisant quand même quand on connaît la nature humaine ! Après le gong, ça prend quand même un moment avant d’arriver au 108ème coup, certains temples (je ne vais pas répéter « et/ou sanctuaire shinto » à chaque fois) offrent du saké chaud pour se réchauffer les entrailles.

Le lendemain, après la grasse mâtinée de rigueur, certains retournent au temple pour se faire bénir ou pour faire bénir leur voiture ! Ces derniers arboreront d’ailleurs fièrement pendant quelques jours une petite couronne de plantes tressées, propre à cette occasion, accrochée à la calandre de leur voiture. D’autres vont souhaiter la bonne année à l’Empereur, qui lira une petite bafouille bien au chaud derrière la vitre blindée, en se rendant au palais (enfin la cour intérieure) exceptionnellement ouvert pour l’occasion. D’autres enfin, reçoivent famille et amis chez eux pour se souhaiter mutuellement une bonne année. C’est encore une autre occasion de ripailler gaillardement autour de sashimis, du non moins traditionnel fugu (tu sais ce poisson qui a une poche de poison mortel ! Il faut une licence spéciale pour pouvoir le découper et le vendre, ce qui en fait un met rare, mais bon…perso, je trouve pas ça terrible, enfin, ce que j’en dit…) en « nabé » : de l’eau bouillante dans laquelle on rajoute plein de choses (toujours pour donner du goût, parce que sinon…hein !), et le sempiternel « mochi », sorte de boulette de riz malaxé qui n’a aucun goût, qui est un véritable étouffe-bouddhistes au sens propre du terme puisque ces machins tuent chaque année quelques dizaines de personnes âgées ou de jeunes enfants qui avalent de travers et passent l’arme à gauche ! Pour te donner une idée de la chose, imagine que tu t’es mis 20 Malabars dans la bouche (sauf que les Malabars ils ont du goût au moins !).

C’est un moment attendu de tous ; les vieux parents, dont l’enfant unique est parti faire ses études à la ville et qui revient au bercail se faire dorloter par sa mère, les jeunes enfants, qui reçoivent de l’argent des divers membres adultes de la famille, et les nombreux fans de la famille impériale qui auront l’opportunité d’apercevoir icelle entre les bras tendus et les petits drapeaux des milliers d’autres agités venus aussi ! A la télé, des programmes plus stupides les uns que les autres pour essayer de garder les gens scotchés devant l’écran, le gotha du show-biz local en kimono à se raconter pour la énième fois leur anecdote de l’année et, l’événement audio-visuel de l’année, en direct sur NHK s’il te plaît, le « Kohaku utagasen » ! Regardé par des millions de téléspectateurs chaque année, c’est la consécration pour les artistes invités.

Que dire de plus ? Soit bien sûr d’avoir retiré assez d’argent pour passer les fêtes, les distributeurs étant fermés, et remplis bien ton frigo aussi car c’est un des rares moments de l’année où la quasi totalité des magasins sont fermés. Sinon, je finis sur une petite leçon de japonais : avant le 31, tu dois dire « yoï o toshi o » aux gens que tu croises et que tu ne reverras plus jusqu’à l’année suivante, et, une fois en janvier, tu dois dire : « Akemashite omedetto gozaimasu, kotoshimo, yoroshiku onegai shimasu » ! Mais bon, tu fais comme tu veux hein !

Joyeuses Fêtes !

 

Publié dans nipponeries

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dorine 25/12/2008 09:59

heuu c'est meri kurisumasu

izumichan 11/01/2006 09:57

oups fausse manip...desolée!je disais donc, merci bcp pour ton article très interessant!
au plaisir!:-)

izumichan 11/01/2006 09:56

ohayo!^^ j'etais déja au courant des fetes de fin d'années au japon grace a un magazine sur le pays (manga, animé, culture), mais le tien le complète parfaitement!je ne savais pas du tout pour les 108 péchés (c'est dingue!) et que les distributeurs de billets fermaient!(quelle horreur!!)!merci beaucoup p
en tout cas,

frise 10/01/2006 04:33

Ah l'enfant prodige qui revient à la maison, tel le messie !

semiramis 29/12/2005 22:43

J'ai pris le temps de lire et comme d'hab' félicitations