Circulez ! Y a rien à voir !

Publié le par Juan Manuel Fangio

J’ai enfin renouvelé mon permis de conduire ! Non pas que l’ancien ne me convenait plus ni que j’étais à la bourre – j’avais encore 3 bonnes semaines pour le faire – mais c’était plutôt une grosse flemme d’aller affronter l’administration nipponne…

Contrairement à la France, et à l’instar de beaucoup de pays, les permis ne sont pas permanents ici ; tu dois les renouveler tous les 3 ou 5 ans selon les cas. Bien évidemment tu n’as pas besoin de repasser un examen quelconque ! Personnellement, je trouve ça plutôt bien comme idée car tu n’as pas les mêmes réflexes à 20 ans, quand tu te crois le roi du bitume, à 30 ou  40 ans, où tu as déjà quelques kilomètres derrière toi et au moins une ou deux grosses frayeurs qui t’ont rendues prudent, et après 60 balais. Quand je vois les dangers publics sur les routes de nos belles campagnes hexagonales, dans leurs GS ou leurs Dianes, je suis atterré ! Malheureusement, même dans les pays où tu dois renouveler ton permis, il n’y a ni examen de conduite ni du code de la route…Une petite visite médicale éventuellement, mais pas partout, et en tout cas pas ici.

Bref, pour revenir à nos moutons, ici il y a 3 catégories, ou plutôt trois niveaux de permis mis en évidence par des couleurs différentes. Tu commences avec une jolie bande verte, 3 ans plus tard si tu as été sage, tu passes à la bande bleue et enfin, 5 ans plus tard, si tu as été un conducteur parfait, si tu n’as pas l’ombre d’une prune pour stationnement illégal à ton actif (ou plutôt à ton passif en l’occurrence…), tu auras droit à la jolie bande dorée comme moi. Hein ? Si, si, j’ai la bande dorée ! ça te la coupe hein ! Remarque, je n’ai absolument aucun mérite, j’ai dû faire environ 1500 bornes en douze ans de Japon… Eh oui ! Je n’ai pas de voiture, pas besoin, pas envie, pas les moyens (quoique…mais, bon, je préfère voyager, donc j’ai fait mon choix).

Me voici donc parti gaiement pour aller renouveler mon permis, un bel après midi ensoleillé, dans le bureau le plus proche du bureau ; comme j’ai la bande dorée, je peux faire cette démarche où je veux, ce qui m’évite d’aller dans un des grands centres de conduite qui sont localisés aux confins de la ville. Après m’être trompé de sortie de métro d’abord, et de direction ensuite (mais comment veux-tu t’y retrouver aussi dans cette putain de ville immense où les rues n’ont pas de noms et où les numéros des bâtiments – quand ils en ont – sont donnés par rapport à la date de construction ! C’est vrai quoi !), je trouve finalement l’immeuble convoité.

Direction le troisième étage ! Loi de Murphy oblige, l’ascenseur s’est arrêté au deuxième et je suis descendu sans regarder où j’étais…J’ai suivi les lignes fléchées au sol (si !) et je suis arrivé devant un petit vieux, presque liquide après tant d’années passées à répéter les mêmes gestes et à s’écraser devant son supérieur, en tout cas proche d’une retraite bien méritée, assis derrière un petit bureau métallique débordant de piles d’enveloppes. Je lui montre ma convocation…lueur amusée dans ses petits yeux fourbes, il m’annonce tout de go que je me suis trompé d’étage ! Étonnement de ma part, je ne m’étais pas rendu compte que je n’étais pas au bon endroit…

Je fais le chemin inverse jusqu’à la machine infernale ayant causé ce désagrément, j’opte finalement pour les escaliers et je monte au troisième. Re marquage au sol qui me mène enfin à destination : une grande salle avec plein de guichets numérotés. Direction le premier guichet donc, je ressors mon papier et le tends au représentant des forces de l’ordre (je pouffe !) dans son bel uniforme bleu marine qui me le laisse, me tend un formulaire à remplir et me dit de me rendre au deuxième @#%$....Euh ! J’ai pas tout compris là, mais il a dit « deuxième ». Dont acte. Remplissage du formulaire expédié, je me redirige donc vers mon petit vieux du deuxième, lui tend mon beau formulaire fraîchement rempli et me vois répondre que non, pas encore, je dois d’abord acquitté le timbre fiscal au deuxième guichet du troisième étage… Retour au troisième ! Guichet numéro 2, je paye et, cette fois, ne me laisse pas avoir, je vais au guichet numéro 3.

C’est la partie « examen » proprement dite, c’est un test de vue. Je dois regarder dans une grosse machine et dire si l’ouverture du petit symbole en forme de fer à cheval que j’aperçois se trouve vers le haut, le bas, la droite ou la gauche. Je passe haut la main cette épreuve redoutable avec ce brio qui me caractérise, mais je m’écarte du sujet là….je vais ensuite au guichet numéro…8 ? Je vérifie que je n’ai pas la berlue, mais non, mais non, après le 3 c’est le 8 ! Question philosophique : Sachant qu’il n’y a que quatre guichets, pourquoi avoir appelé le quatrième « huit » ? Les Nippons ont des raisons que la raison ignore… J’obtempère néanmoins et je me fais tirer le portrait, digitalement, afin que ma frimousse de bambin angélique, qui a séduit tant de dames sur tous les continents, soit, par une opération d’une extrême difficulté, intégrée à mon nouveau permis. Cette opération nécessitant environ 30 minutes, l’administration nipponne en a profité pour joindre l’utile au désagréable et te faire poireauter en regardant un film sur la prévention routière, film qui n’obtiendra jamais de César ni d’Oscar, tant le scénario manque de rebondissements, les acteurs sont inexpressifs et je ne parle même pas des dialogues !

C’est donc après la photo que je redescends une fois de plus au deuxième étage et que je retrouve mon pote du deuxième étage qui, la larme à l’œil, me félicite pour ma persévérance et m’invite à me diriger vers une des salles de projection en me remettant au passage une des enveloppes qui menacent de l’ensevelir. Après cette séance de torture mentale, un type dans un costume élimé aux manches fait irruption dans la pièce et, comme si le film ne suffisait pas, commence à nous résumer ce que nous venons à peine de regarder avec le plus grand mal…Ce n’est qu’après son sermon sur les méfaits de la conduite en état d’ivresse ou téléphone portable en main qu’il ouvre sa boîte à biscuit contenant nos précieux documents et nous appelle un par un pour les récupérer.

Ayant très vite compris l’intrigue de l’œuvre audio-visuelle susmentionnée, j’ai mis à profit le temps gagné pour éplucher un peu les documents remis dans l’enveloppe. En faisant le tri du paquet de trucs inutiles (dont le scénario, version écrite, du navet), le seul document présentant un semblant d’intérêt étaient les statistiques de l’année 2004 concernant la sécurité routière ; ça fait peur ! Au total, l’année dernière, il y a eu 952 191 accidents de la route sur l’ensemble du territoire japonais, dont 84 513 à Tokyo. Ces drames ont provoqué la mort de 7 358 personnes dans tout le pays dont 303 pour la capitale. Mais là où le compteur explose, c’est quand on regarde le nombre de blessés (catégorie regroupant un spectre allant des petites égratignures jusqu’aux paraplégies et autres comas) : 1 183 120 personnes blessées au Japon dont 96 120 rien qu’à Tokyo…

Pourquoi ne suis-je pas plus étonné que ça ? C’est vrai, quand tu vois que les flics ne verbalisent pas, ou si peu, les gens roulant téléphone portable en main et sans ceinture de sécurité, les inconscients avec leurs gamins à la place du mort, les chauffards brûlant les feus sous leur nez, je ne vois pas pourquoi les chiffres cités plus haut devraient être bas. Un autre facteur hautement responsable de la mort de dizaines (si ce n’est pas centaines) de personnes par an, ce sont les poids lourds. Les routiers sont sympas ! Et ta sœur ? Il n’y a pas de limitation de vitesse propre aux camions ici ; c’est la même que pour les voitures. Sauf que pour arrêter un semi remorque roulant à fond, ça prend plus de temps qu’avec ta 4L. Il ne se passe quasiment pas une semaine sans qu’un accident mortel ait été provoqué par un routier, bourré le plus souvent. Mais que fait la police ? Ben rien ! On ne touche pas à ça. Pas fou non ! Ce sont les yakuza qui sont derrière les syndicats de routiers. L’hécatombe n’est pas encore prête de s'arrêter !

Enfin, moi en tout cas, comme je n’ai pas de bagnole, ça ne risque pas de m’arriver, et puis, après toutes ces émotions, je repars avec un nouveau permis pour 5 ans, donc : ça s’arrose !

A Tchao !

Publié dans nipponeries

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geneline 09/12/2005 14:23

En ikenana, il ne faut pas non plus mettre 4 fleurs ; il m'a fallu des mois de cours avant qu'on m'explique pourquoi.

10/12/2005 02:45

Euh...tu veux dire Ikebana je pense...

Je sais que le chiffre 4 porte malheur (pour les nuls: c'est parce qu'il se prononce comme le caractère pour la mort !) mais il y avait bel et bien un comptoir 4 sauf qu'il était fermé (par un rideau...) et qu'il n'y avait par contre pas de comptoirs entre le 4 et le 8 !

Alex 29/11/2005 23:33

Salut, bon je viens de lire tout ton blog...simplement excellent. Je profite de ce commentaire, pour ajouter un truc, le numéro 4 n'est jamais ecrit ou presque au japon parce que le mot "mort" et le mot "quatre" s'ecrive de la meme maniere et/ou sont lié. Donc c'est pour ne pas porté malchance je crois...voila. Par contre je comprend pas pourquoi sauté a 8 et non pas 5...

semiramis 21/11/2005 22:16

J'ai attendu d'avoir un moment de tranquilité pour apprécier à sa juste valeur ton article, voilà pourquoi je ne me manifeste qu'aujourd'hui.
Donc comme d'habitude je suis ravie d'avoir pris ce temps .
Bises

Hisa 21/11/2005 21:18

Bonsoir. Suite au fil créé sur le forum, j'ai fait un article pour référencer les blogs sur l'Asie, je me suis permise d'ajouter ton blog. Bonne soirée.

Ujenny 19/11/2005 14:51

hihihi!
J'ai pu ratrapper mon temps perdu et j'a bien rigolé! (le passage "stérix et Obélix"en particulier!)
Merci M. Nippon!